Tim Frager est né au Sénégal et a vécu dans un petit village de Bamako, au Mali. A l’âge de 8 ans, lui et sa famille sont partis vivre en Guadeloupe pendant une dizaine d’années …

Tim Frager

ADD : Enfant, avez-vous ressenti un choc culturel entre le Mali et la Guadeloupe ?
TF : Pas vraiment. J’ai plutôt ressenti une continuité … L’histoire de la Guadeloupe et des petites Antilles est intimement liée à celle de l’Afrique.
Le choc culturel c’est surtout fait sentir lorsque je suis venu vivre en France.

ADD : De retour dans les années 2000 dans la métropole, vous commencez à travailler chez Volcom. Comment votre art a-t-il influencé votre travail là-bas ?
TF : Je suis rentré en 1998 à Bordeaux. J’ai signé avec Volcom un contrat qui me permettait de suivre à la fois mes études, et de rentrer petit à petit dans l’entreprise.
J’ai commencé par faire une grande partie de mon travail à la main : des collages pour les flyers, des peintures originales pour les magasins, des trophées “fait-maison”… la marque de fabrique de Volcom à cette époque.
Par conséquent, mon travail professionnel était fortement lié avec mon travail personnel mais l’un n’a jamais empêché l’autre, au contraire.

ADD : Aujourd’hui, vous vivez dans les Landes, mais vos œuvres reflètent toujours la culture africaine et afro-caribéenne. Pourquoi ?
TF : Peut-être pour “vivre encore dans la couleur de ces années” comme le dit si bien mon frère Tom, dans ses chansons.
Nous sommes (mon frère Tom, ma soeur Ondine et moi) tous les trois, nés au Sénégal puis avons grandi au Mali.
Nous avons notre part de responsabilité et même de fierté, à traduire ce lien qui nous unit au pays qui nous a porté étant enfant.

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ADD : Votre travail rappelle parfois l’art pictural américain des années 60 (Warhol), Vous identifiez vous à ce courant artistique ?
TF : En effet, certaines images sont assez contrastées et colorées comme les portraits de Warhol, entre autres.
Et les thématiques liées à la société de consommation, la publicité, sont des éléments qui nourrissent mon travail.
Mais je m’identifie autant à ce courant qu’à celui de la figuration libre des années 1980, et au Street Art.
J’aime l’idée d’avancer sans vraiment savoir où je vais en mélangeant les techniques et les supports, du coup je n’ai pas le sentiment d’être dans tel ou tel courant artistique.

ADD : Vous êtes graphiste, peintre, graffeur, designer et sculpteur. Devrait-on vous mettre dans une case spécifique ?
TF : Je crois qu’il ne faut pas trop se mettre dans des cases. L’art est une évolution continue. Je pense qu’il est très important de se surprendre soi-même d’où la difficulté de ce métier, de cette vie tout court. On doit évoluer, changer, tout en restant fidèle à ses convictions, au message que l’on souhaite faire passer.

ADD : Vous utilisez une gamme de pictogrammes que vous actualisez selon vos attentes. Que représentent – ils pour vous ? Et comment vous les choisissez pour raconter vos histoires dans vos œuvres ?
TF : Les pictogrammes sont un peu comme des symboles. Certains restent, d’autres évoluent ou naissent en fonction de plusieurs facteurs : cela peut-être une musique que j’entends au moment où je peins, l’urgence d’un moment (une élection par exemple), ou tout simplement l’environnement dans lequel je suis (la rue, un atelier, à l’étranger …). Je les utilise souvent de manière assez spontanée, j’aime les graver dans le bois, ou qu’ils soient suggérés dans le fond du tableau, ça va dépendre de mon sujet surtout.

Tim Frager
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Fresque Casino d’Hossegor 2017, Tim Frager

ADD : Vous travaillez sur différents supports. Dans votre dernière expo en mars 2017 “Concrète Jungle” on peut observer des bocaux en verre, à l’intérieur on trouve des maquettes de villes. > Comment ces idées vous viennent ?
TF : (Rires) Oui, ce sont “Les territoires sous cloche” de Charlotte Chap, c’est une très bonne amie que j’ai invité lors de mon vernissage car justement, ça collait vraiment bien à cette exposition. Sinon oui je peins sur différents supports. J’aime l’idée que certains supports véhiculent déjà une histoire. Il m’arrive d’être plus inspiré par le support lui-même que par mes propres sources d’inspirations.

Concrete Jungle 2017, Tim Frager

 

ADD : Quelle est la dernière expo que vous avez vu  ?
TF : ART AFRIQUE / Fondation Louis Vuitton la semaine dernière à Paris, c’était magique !

ADD : Selon vous, quel rôle joue l’Afrique dans la création artistique contemporaine?
TF : Je pense que l’Afrique est sur le devant de la scène d’abord médiatique, de part ce que traverse le continent .
Les Africains sont les premiers à pouvoir traduire ce qui s’y passe et les artistes, comme les journalistes d’ailleurs, ont un rôle d’information essentiel à tenir en exprimant ce qu’ils vivent au quotidien. Et puisque l’art est une forme d’expression liée à l’actualité, à la vie, on découvre ainsi des artistes incroyables par ce biais-là. Le continent tout entier regorge de créateurs talentueux. Qu’ils soient jeunes designers, créateurs de mode, artistes peintres ou photographes… ils créent avec une authenticité qui touche. Ils méritent d’être reconnus.

ADD : Vous surfez depuis votre enfance. Ce sport a-t-il un impact sur vos projets artistiques ?
TF : Bizarrement, je ne représente presque jamais le sport que j’ai pratiqué pendant plus de 25 ans et que je pratique toujours. Mais je sais que sans lui je ne peindrais pas, pourquoi ? Je ne sais pas. L’un va avec l’autre, c’est un équilibre que j’ai trouvé et qui j’espère restera longtemps.

Tim Frager
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ADD : Travaillez-vous avec d’autres artistes ?
TF : Oui, de plus en plus, j’ai récemment ouvert une petite galerie éphémère à Capbreton : la galerie “Là”, un projet collectif organisé avec 3 artistes et nous sommes 11 dans la galerie. J’organise aussi avec 3 autres artistes chaque année, un parcours artistique dans les Landes qui s’appelle “Art Trip”. Sinon j’ai beaucoup peint avec un ami qui s’appelle Pierre Marre. Notre façon de peindre se ressemble même si nos histoires sont très éloignés.

 

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ADD : Quels sont vos futurs projets ?
TF : Je vais exposer le 1er septembre 2017 dans une belle salle d’exposition à Pessac, à SORTIE 13. Ce sera une exposition collective. Je dois aussi préparer le visuel qui fera la couverture du nouvel album de mon frère dont la sortie est prévue fin 2017. J’expose en octobre 2018 dans la ville de Pau. Je travaille aussi avec une collaboratrice pour tenter d’exposer à Los Angeles dans les années à venir. Une partie de ma clientèle vient de là-bas et m’encourage beaucoup à faire le pas vers le continent américain…

ADD : Que voudriez-vous qu’un africain, un afro-caribéen, un français et le monde en général, retienne de votre Art ?
TF : Qu’il le comprenne et qu’il se sente concerné par ce qu’il voit. Que les symboles, les thématiques et les couleurs employées lui rappellent sa propre histoire ou une partie de son histoire.

ADD : Merci pour le temps que vous nous avez accordé.
TF : Mais de rien !

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