‘A force d’être soumis aux médias et à la mentalité de cette société anti-individu, où les stéréotypes constituent le pouvoir dominant et où la surpopulation nous force à croire que nous ne sommes que des « types de gens », « des catégories de gens », ou des « généralisations », les artistes ont pris conscience que l’individualité est toujours à la base de tout. L’individualité exprime l’individu et fait de lui un facteur décisif. Art signifie individualité.
C’est selon moi le message fondamental de l’art moderne. C’est sa leçon et nous ne devons pas l’ignorer. C’est ce que l’art moderne nous crie depuis le début des temps.
Keith Haring, 14 octobre 1978.’

Keith Haring au Bénin c’est comme un retour de Jean-Michel Basquiat en terre mère. De la relation amicale entre Keith et l’Américain fils d’Haïtien, le langage commun se lit à travers le travail du masque, le foisonnement, le drame, autant d’expressions tirées des pratiques Vodoun.

Keith Haring à Cotonou
Basquiat, source : www.potomitan.info

L’exposition est abritée dans un bâtiment fraîchement rénové avec ses façades aux finitions en carreaux de grès bleu et beige. Une architecture ordinaire installée à l’Ouest du boulevard des Armées au croisement avec la Rue des Missions dans la capitale béninoise.
Les intérieurs des salles d’exposition sont caractéristiques de la charte dépouillée des musées. Sol en chape de ciment brut, murs et plafonds à dominante blanche ou noire. Bienvenue au siège de la Fondation Zinsou !

Le public y découvre 500 mètres carrés de créations colorées à dominante jaune marquées du trait épais qui caractérise l’artiste.

Keith Haring à Cotonou

Keith Haring à Cotonou

Des œuvres aux supports communs en passant par la performance sur du mobilier, une raquette de sport, des voiles de navire, de la tôle recyclée, du cuir, tout y passe, Keith Haring dessine à la craie, au pinceau, au marqueur feutre, il sculpte, grave et assemble. Avec pour objectif visible de, communiquer, sensibiliser, éduquer, dénoncer, mais surtout exister.

Keith Haring à Cotonou

Keith Haring à Cotonou

Keith Haring à Cotonou

Keith Haring à Cotonou

‘J’essaie de faire des images qui sont universellement « lisibles » et qui n’ont pas besoin d’explications extérieures.
On me demande toujours : « Mais d’où vous viennent toutes ces idées ? » Je dis que je ne sais pas exactement, mais je sais que je vis au 20ème siècle et que j’absorbe des informations à un rythme de plus en plus rapide. Comme nous tous. Un flot d’informations nous vient de toutes sortes de sources, chaque jour de nouvelles sources. La technologie progresse peut-être trop vite pour que nous puissions suivre. Je digère les informations provenant de toutes ces sources, je le fais transiter par mon propre imaginaire et je les déverse à nouveau dans le monde. Je cherche constamment à trouver des nouvelles manières de mettre ces choses au monde et d’élargir la définition de ce qu’est un « artiste ».
Keith Haring, 13 juin 1984.’

Manu (Designer – Graphiste et Web activiste) sans doute le dernier visiteur de l’exposition qui s’est achevée le samedi 07 janvier 2016, raconte :

‘J’ai connu l’artiste il y a quelques temps à travers une collection H&M qui portaient ses illustrations. Ici à Cotonou, je suis heureux de découvrir son engagement et les réflexions philosophiques derrière ses croquis à priori banals. Désormais je m’appliquerai à illustrer mes pensées telles qu’elles me viennent.’

Artiste de contexte, revendicateur de son époque. Il collabore avec nombres de figures de proue de sa génération.

Keith Haring à Cotonou

Producteur, boulimique, ses œuvres traduisent sa courte vie.

‘Je considère la spontanéité, l’improvisation, la continuité et l’harmonie à la manière d’un musicien. Je sens un lien qui m’unit aux acteurs de théâtre et aux artistes de scène puisque je pratique la peinture comme une performance (voir les cassettes vidéos).
Je partage les intérêts visuels des cinéastes.
J’ai l’impression que tous les arts ont une gravité vers un plan central sur lequel nous opérons tous.
Keith Haring, 18 décembre 1978.’

La scénographie choisie est ponctuée par les déclarations de l’artiste, de courts extraits d’humour, d’ironie et de bon sens.
L’exposition aura rencontré un tel intérêt auprès du public béninois qui motivera peut-être à sa prolongation.

Crédits photos : Noukpo Jean-Paul Houndeffo.
Noukpo Jean-Paul Houndeffo.

Article précédent
L’homme jaune ! Étrange comme surnom, n’est-ce pas ?
Article suivant
On plonge dans ces histoires à coup sûr !

Commentaires

N'hésitez pas !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *