C’est au détour d’une allée du jardin de l’Institut Français de Cotonou que nous rencontrons l’artiste. Voilà à peine quelques jours que le rideau vient de tomber en ce même lieu sur une des expositions qui révèle ses créations au public béninois. Moufouli est avant tout une littéraire pleine de bon sens et doté d’un esprit critique qui l’oblige à une forme d’auto censure. Elle pèse bien ses mots et argumente son propos avec la rigueur qui trahissent son profil de juriste.

Sa pratique de la peinture n’a rien de prétentieux, sans recherche de gloire, encore moins par appât du gain ; elle y est arrivée à la base pour évacuer, trouver un peu de répit dans ce monde carré et oppressant. « La peinture, c’est mon Yoga ».

Amoureuse de la lecture elle écumait les Bibliothèques trouvant une part de son bonheur dans la littérature. N’empêche qu’une fois lancée, sa curiosité et son sens des choses bien faites la poussent à frapper aux portes de ses pairs béninois à la recherche de complicité. Depuis moins de cinq ans elle développe sa passion pour les arts visuels avec la même boulimie qui aurait pu faire d’elle un écrivain.

Moufouli Bello, artiste peintre

ADD : Bonjour Moufouli. Quel accueil vous a réservé le monde de l’art (contemporain) dans votre pays ?
MB : Les gens, les initiés puisque c’est de ça qu’il s’agit se demandent ce que je fais là. Sans que cela ne te soit demandé explicitement, tu dois faire tes preuves. Je connais et fréquente quelques artistes locaux et de la diaspora, nous entretenons de bons rapports, je respecte chacun pour ce qu’il est et ce qu’il fait. Le plus dur c’est de s’accepter soi-même, de se comprendre, de se discipliner. Tout est question de challenge, je ne crois pas en la chance.

ADD : Quel est le statut de l’artiste, féminin dans nos sociétés ?
MB : (long silence)Dans notre pays et de façon générale les artistes sont perçus comme des marginaux. C’est un fait admis. Personnellement, derrière je suis contre la victimisation, la discrimination de mon genre, femme oui, mais être humain avant tout. Je refuse que mon genre soit un obstacle à ma création et au développement de mon art, au contraire, être une femme nourrit ma démarche artistique. Quand l’art te choisi, tu trouves ton medium et tu t’exprimes sans te poser de question sur l’accueil qui sera réservé à l’œuvre. Le but c’est de créer, sublimer, montrer ou défendre un univers donné. Pas de plaire à tous. J’ai connu des artistes qui se servent de leur corps comme support, tenez vous bien, ils ne peignent pas au pinceau, mais à la lame de rasoir.
Être côté ou arriver à vendre est peut-être signe de réussite ; ceci dit je pense qu’au delà de la monnaie qu’il y met, un acquéreur devrait être sensible au travail effectué, rendre l’artiste heureux tout simplement parce que l’œuvre de l’esprit n’a pas de prix.

Moufouli Bello, artiste peintre

ADD : D’où tiens-tu ce langage coloré, figuratif avec ces visages marqués, quelques fois bigarrés ?
MB : Peut-être suis je inspiré par quelques artistes que je suis. Tels que Dino Valls, Alex Katz…Peut être de choses et de personnes que j’ai vues. Mon travail est une relecture, perception de toutes ces choses. Même si mon travail est spontané, j’ai une idée assez précise de l’aboutissement d’un tableau, je n’hésite pas à mettre de côté et reprendre. Bien entendu je pars d’une idée qui définit la structure de ma peinture.

ADD : Quels conseils donneriez-vous à ceux qui sentent l’appel ?
MB : Au stade où je suis, je trouve prétentieux de donner des conseils, néanmoins je dirais à chacun son histoire, à chacun son expérience, il n’existe pas de recette.
Même si une école nationale d’art pourrait aider à cadrer le métier. Les réalités de notre société peuvent obliger à avoir une double casquette, un parachute. Ce qui est certain c’est qu’on n’obtient rien en vivant dans la sécurité, il faut prendre des risques.

ADD : Où peut on espérer voir Moufouli dans les mois à venir ?
MB : Je travaille sur des projets qui me font voyager et découvrir le champ des possibles qui est illimité. Les choses qui se concrétisent s’inscrivent dans une continuité dont ma récente exposition ici même à l’Institut français est une étape. Parallèlement je propose mes services de juriste comme bénévole dans une association.

Moufouli Bello, artiste peintre

Moufouli Bello, artiste peintre

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Crédits photos : Moufouli Bello
Noukpo Jean-paul Houndeffo.

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