Artiste visuel, souvent présenté comme photographe, Ishola Akpo est un jeune béninois au talent discret mais paradoxalement doté d’une forte expression. Extrait de nos échanges avec un chercheur puriste de l’art ‘africain’.

Photographier, pour moi ce n’est pas seulement pour émouvoir ou pour épater, c’est aussi avant tout rechercher le lien fiable entre la diversité du monde et ce que nous désirons en nous d’équilibre et de savoir.

ADD : Pour qui connaît ton travail, tes influences sont perceptibles, nous aimerions en dire plus à nos followers.
IA : Mon travail photographique me permet de m’interroger sur la représentation de l’homme, sur la place qu’il occupe au sein de la société africaine contemporaine, mais aussi sur le statut de l’artiste que je suis. Mon travail photographique récent interroge la notion de la mémoire et du patrimoine, comme potentiel. Ma vision est avant tout de raconter des histoires, de transmettre des ressentis. Je travaille beaucoup le numérique parce qu’elle offre plusieurs possibilités pour les mélanger et explorer de nouveaux types de narration non linéaire, en recourant à plusieurs types de médias de la photo, de la vidéo, du son, de la performance.

ADD : Ton travail est unique, néanmoins nous voudrions entendre un nom de photographe (africain) auquel tu t’identifies.
IA : Avide de rencontres, de voyages et obsédé par la compréhension de l’autre, je suis sensible aux œuvres littéraires d’Edouard Glissant, tandis que le travail d’un Rotimi Fani-Kayodé, disparu précocement, me ramène à cette réflexion sur le corps qui, célébré de son vivant, finit à la poubelle, sans accessoire.

Ishola Akpo, Autoportrait, Série “Daibi”, 2017.

ADD : Nos sincères félicitations pour ta nomination pour le Prix ORISHA 2017 où sera exposé ta série Daibi. Quelles sont tes attentes vis-à- vis des organisateurs ?
IA : Avant tout je me sens honoré d’être nominé sur proposition de Franck Houndégla (Scénographe, architecte). Le projet pour lequel j’ai été nominé s’intitule « Daibi » c’est une réflexion sur la perception identitaire à même capable de changer le regard (son propre regard mais aussi celui des autres) sur des pratiques culturelles qui, par le hasard de la naissance, change non seulement notre identité mais aussi nos trajectoires et nos valeurs.

Et si l’identité aujourd’hui était multiple, complexe, toujours en construction ?

J’espère être distingué à l’instar de mon compatriote Kifouli Dossou lauréat de l’édition 2014.
Recevoir le prix Orisha 2017 serait pour moi une belle reconnaissance, ça donnerait encore plus de visibilité à mon travail.

Ishola Akpo, Série “L’essentiel est invisible pour nos yeux”
Ishola Akpo, Série “L’essentiel est invisible pour nos yeux”

 

ADD : L’état des lieux de la photographie béninoise laisse entrevoir de belles perspectives. As-tu le même ressenti ? Quelle est ta vision pour le métier ?
IA : L’actuel foisonnement de festival constaté dans notre pays est de mon point de vue une tendance. Ni bon ni mauvais tout ceci est un effort qu’il convient de soutenir et observer sur la durée. Le travail photographique demande du temps et du sacrifice, à ce titre, la Biennale de Bamako est un exemple de pérennité. Nous ne pouvons pas nous fier à l’effet de buzz. Il faut plutôt que les acteurs des ces organisations rassurent par leur stratégie. Peut-être qu’un courant naîtra de cette activité. Les collègues décident de leur sort, pour ma part je ne peux plus passer à autre chose car la photographie c’est toute ma vie, c’est le médium que j’ai choisi. Il sera de plus en plus difficile de surprendre avec des nus et des portraits.
J’encourage les artistes à puiser dans le tréfonds de notre culture afin d’en extraire l’essence pour l’exposer à la face du monde avec leurs moyens.

Ne l’oublions pas, c’est bien au bout de l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle.

ADD : La Renaissance Africaine était annoncée et attendue lors des indépendances. Nous avons la bonne impression de la vivre. Quelle est la contribution de Ishola ?
IA : Je suis formel, il n’y aura pas de Printemps Africain sans promotion locale. Nous artistes africains sommes présents et plébiscités lors des grands évènements culturels en Occident, ce sont nos terrains de reconnaissance. Soyons réalistes, si Ishola est présent au Musée du Quai Branly ce n’est pas un fait 100% africain. Aujourd’hui on parle beaucoup de promotion du tourisme au Bénin, mais je ne vois pas suffisamment d’artistes associés. La décision politique est déterminante pour l’existence de la Renaissance africaine.

Ishola Akpo, Série “Les maries de notre époque”
Ishola Akpo, Série “Les maries de notre époque”

 

ADD : Quel souvenir voudras-tu laisser de ton appartenance à cette Renaissance ?
IA : Je peux être un exemple d’identité africaine. Je suis de ceux qui ont choisi de rester vivre et de travailler en Afrique. Il faut réussir à trouver l’équilibre entre les consommateurs d’art et
nos origines, notre source d’inspiration.

ADD : Quels sont les supports de la diffusion de ton message (réseaux sociaux, presse traditionnelle, galeries) ?
IA : Je diffuse ma création vers les réels pourvoyeurs d’opportunités. Les réseaux sociaux rendent populaires, mais conduisent rarement l’artiste vers la maturité. L’homme de l’art a besoin de recevoir des claques qui le sortent de la naïveté. Je me souviens avoir déprimé au Forum transculturel d’art contemporain de Port-au- Prince (2011), parce que je suis parti du Bénin avec une fausse assurance construite via les appréciations récoltées sur les réseaux sociaux.
Le site internet www.isholaakpo.com est un canal privilégié pour me faire connaître.

Noukpo Jean-paul Houndeffo.

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