Aurel Yahouedeou est un jeune artiste visuel qui multiplie plusieurs disciplines valant le détour.

Aurel Yahouedeou

ADD : Tu vis et étudies à Dakar, en ce moment que fais-tu de tes journées ?
AY : Je suis en fin de formation (Master 2) cette année. Je la trouve d’ailleurs plus dure et rigoureuse que les précédentes. Je me consacre essentiellement à la rédaction de mon mémoire et à mes cours, avec mon cœur toujours un petit peu tourné vers ma passion de temps en temps.

ADD : Nous connaissons tes origines Béninoises. Pourquoi alors avoir choisi Dakar pour tes études ?
AY : Le Sénégal n’a pas réellement été un choix. Il se trouvait que la suite logique de la formation que j’ai commencé à ESTB (Ecole Supérieure des Télécommunications du Bénin) était à Dakar.
Pour être plus précis, j’étais un peu contraint de continuer à l’ESMT (Ecole Supérieure Multinationale des Télécommunications) où j’ai eu ma Licence Professionnelle, parce que c’est une continuité.

ADD : Il n’est pas aisé en regardant tes travaux de définir tes origines, tellement tes œuvres nous font voyager. Autrement dit, tu aurais pu emprunter ce langage des mangas japonais ou de la BD belge. Comment assumes-tu cela ?
AY : (Sourire)
Oui, je l’assume pleinement ! Je suis ambitieux, et je vise là où les meilleurs ont réussi. Ma plus grande déception serait de me braquer uniquement sur une cible, sur mon continent.
D’ailleurs je suis satisfait d’apprendre que mes travaux vous font voyager, parce que je fais du tout-en-un, sans nécessairement m’inquiéter de leur impact sur les gens.

Aurel Yahouedeou

ADD : Au-delà du figuratif, il y a-t-il autre chose qu’il faudrait voir à travers tes œuvres ?
AY : L’art représente pour moi un univers vaste que je ne finirai jamais d’explorer, où je bascule entre le concret et l’abstrait.
Et oui, dans mes œuvres abstraites, je laisse souvent des messages subliminaux. Je démarre généralement d’une idée précise que j’améliore au fur et à mesure en les finalisant.
On en découvre davantage lorsque l’on se laisse entièrement transporter au-delà du figuratif.

ADD : A entendre tout cela, on a envie de connaître les sources de ton inspiration.
Pour rester franc, je m’inspire de tout autour de moi, mon environnement, les gens, les paysages quand je vais en exploration et également d’autres artistes que je découvre sur les réseaux sociaux.

ADD : Tu travailles avec ton frère. Le duo peut paraître évident. Dis-nous en plus.
AY : Effectivement, nous nous complétons beaucoup en ce qui concerne l’art ; je suis créatif et lui imaginatif. Nous avons déjà eu et aurons à travailler sur des projets communs, comme notre album « SANS TITRE » réalisé en 2 semaines au cours des vacances d’été 2016 qui est d’ailleurs disponible sur nos pages respectives.
Cependant, nous sommes dans des registres relativement différents aujourd’hui, depuis qu’il a décidé d’arrêter les dessins au crayon et la peinture pour se consacrer à la photographie minimaliste et au design.

ADD : Etablis-tu de telles collaborations avec d’autres artistes ou les envisages-tu ?
AY : Bien sûr ! Je suis très ouvert et à l’aise avec le monde artistique extérieur. Je travaillerais même avec les moins imaginatifs, parce le mélange de deux ou plusieurs délires donne toujours un cocktail inattendu.

Aurel Yahouedeou
Aurel Yahouedeou
Aurel Yahouedeou

ADD : Jeune en âge et jeune dans la famille des artistes contemporains. Penses-tu que ton expression changera avec l’âge ? Pardonne le terme, avec la maturité.
AY : Certainement. Je ressens déjà d’ailleurs que le contenu de mes œuvres de 2015 à 2017 seulement a déjà énormément changé. Avant je m’appliquais beaucoup plus sur le côté fun, et aujourd’hui j’y mets un côté très sérieux.
Je dirais en une phrase que mon art grandit parallèlement avec moi.

ADD : On se rend compte que ta palette d’outils est large. Tu as sans doute des préférences, pour dire que tu te sens certainement plus à l’aise avec certains supports.
AY : J’avoue que depuis mon enfance j’ai toujours été “touche-à-tout”. (Rire)
Mon côté scientifique me pousse également à répéter les mêmes expériences avec différents outils, ce qui influe aujourd’hui sur mon art.
Ainsi, après m’être essayé au crayon, au stylo, à la peinture, … j’ai une préférence certaine pour le digital. Je pourrais toutefois encore virer si je découvre de nouveaux outils en vue de l’évolution technologique.

ADD : Quels sont tes projets pour les dix prochaines années ?
AY : Je suis un peu réticent en ce qui concerne mes projets artistiques. Je suis de nature à vouloir tout le temps surprendre.

ADD : Nous constatons un regain d’intérêt pour l’art plastique sur le continent.
T’inscris-tu dans la mouvance de la nouvelle génération, de la future élite ? Quelle est ta stratégie pour conquérir le monde ?
AY : Eh bien, je dirais non et oui. Non parce que je ne voudrais pas être classé dans la même catégorie que la nouvelle génération, et oui parce que je fais partie de la future élite mais avec ma touche personnelle.
Ma stratégie pour conquérir le monde… Rester dans mon concept de l’anamorphose jusqu’à la fin et ne jamais m’éparpiller. C’est simple, je trouve que l’anamorphose est un style difficile à exploiter et assez rare, alors je tiens à me perfectionner et innover dans ce sens.

Aurel Yahouedeou

ADD : A ton échelle comment se présente l’économie, le marché de l’art ? Propose-nous un diagnostic.
AY : En général, en Afrique, nous sommes encore très loin du compte à mon avis. Il existe une nouvelle génération d’artistes qui a vu le jour ces dernières années et qui s’affirme assez bien certes. Mais certains pays africains, notamment mon pays le Bénin, manquent d’éducation culturelle artistique ; Et d’autres absolument pas.
Alors je vais faire une comparaison courte entre mon pays et le Sénégal avant d’aborder la question de l’économie en affirmant que j’ai observé et constaté qu’à Dakar, l’art est très valorisé. Les artistes sont mis en avant et se mettent en avant, il existe des salons, galeries, événements artistiques et tous facteurs permettant de se promouvoir. Une chose encore très importante dans ce domaine est la solidarité dont ils font preuve. Je peux également citer la Cote d’ivoire qui s’auto-valorise autant, et bien d’autres encore.
L’art se vend très bien dans certains pays africains, et se vendrait d’ailleurs très bien en Afrique. Pour ma part, le Sénégal m’a en quelques sortes adopté dans ce domaine et m’a permis de vivre de mon art aujourd’hui ; et qui parle de vente parle d’interaction. Donner et recevoir dans ce domaine, c’est donc mettre en avant les artistes de chez soi, les valoriser, créer des programmes artistiques permettant à tous les artistes de sortir de leur zone de confort.

Noukpo Jean-Paul Houndeffo.

Article précédent
Très très intriguant, ce personnage ...
Article suivant
Des vies quotidiennes peintes par Femi Morakinyo

Commentaires

N'hésitez pas !

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *