Parlez-nous de vous ? Qui est Claire M ?
Je suis française, j’ai 34 ans, mariée et maman de deux petites filles. Je vis en Afrique avec ma famille depuis bientôt six ans. Nous suivons mon mari qui est expatrié et travaille à Abidjan depuis un an maintenant. Précédemment, nous étions à Accra au Ghana pendant un an également et avant ça nous avons passé trois années au Maroc.

La mosaïque est un art très ancien datant de 3000 ans AV JC? Pourriez-vous expliquer
comment vous êtes venue à cette pratique artistique, (très répandue dans l’antiquité
d’ailleurs) ?

Je crois que je cherchais depuis longtemps une façon personnelle de m’exprimer. Me sachant très artiste dans l’âme, je savais pertinemment que je ne pourrais m’épanouir pleinement qu’en trouvant mon ”mode”. Après avoir tenté le dessin, la peinture et le modélisme, je tombais un jour par hasard sur un petit tableau en mosaïque parfaitement agencé, hyper coloré et je dois le dire, très réussi. Il y a eu un déclic et je me suis dit que c’était pour moi. J’achetais tout le matériel pour m’essayer à cet art et commençais seule. Je trouvais sublime la mosaïque antique mais pour moi, finalement, cela ressemblait beaucoup à la peinture. Je me suis donc plutôt inspiré des mosaïques contemporaines car ce que j’aime dans la mosaïque, c’est la diversité des matériaux utilisés et des supports, l’éclat des couleurs que l’on trouve dans le verre Albertini par exemple, dans les smalts et les émaux. La mosaïque est un art lumineux. J’ai visité récemment la basilique Notre Dame De La Paix à Yamoussoukro et j’ai pensé, en admirant les vitraux, leur luminosité et couleur incroyable, que c’était vraiment ça que je cherchais dans mon travail : jouer avec la lumière pour sublimer la couleur.
Il y a encore du boulot!

Quelles sont vos inspirations ? Que signifie L’Afrique pour vous ? (d’un point de vue
humain, artistique, culturel)

D’un point de vue artistique, l’Afrique a été une porte ouverte à beaucoup d’opportunités. J’y ai rencontré des artistes passionnés avec qui j’ai pu partager, j’ai mis en place des ateliers créatifs au Maroc et à Accra pour adultes et enfants et je me suis décidée à mon arrivée à Abidjan, à développer une mosaïque plus personnelle, artistique et créative. J’avais plein d’idées mais pas de temps nécessaire à la création. Et il en faut du temps, c’est primordial. Le temps de réflexion, la visualisation et la mise en œuvre. Et puis il faut aussi croire en soi et en son talent! Et ça, ce n’était pas une partie évidente à jouer, loin de là ! Heureusement, j’ai un mari et des amis merveilleux qui me soutiennent et me boostent dans tout ce que j’entreprends. Je suis inspirée par à peu près tout et n’importe quoi : un pagne que porte une femme, un sourire, des cheveux tissés et colorés, une combinaison de couleur qui me plait, un mouvement. Si j’en ai la
possibilité, je prends une photo sinon je fais un dessin dans un petit cahier qui ne me quitte jamais pour ne pas oublier. Après, pour chaque nouvelle création le support doit s’imposer à moi. C’est d’abord le support qui me donnera envie de créer : un bois, un masque, une vénus. Je fonctionne à l’envie.

Pour moi, l’Afrique, c’est une mine d’inspiration. Je m’explique : Pour un artiste, c’est génial : le mouvement ici est perpétuel, on en a plein les yeux à chaque coin de rue, les couleurs, les rires, les blagues, la bonne humeur plutôt générale que l’on retrouve ici, ça donne envie de sourire, d’être bien. J’étais à Blockauss il y a une dizaine de jours et je me promenais avec mon papa venu nous rendre visite et j’ai été stupéfaite par cette impression de tranquillité, de douceur de vivre et d’apaisement qui se dégageait. Les femmes préparaient l’attiéké face à la lagune sous une chaleur harassante, dans la joie. Elles blaguaient, riaient et nous ont tout de suite mis à l’aise. L’une d’elle s’est même proposée pour être ma belle-mère ! Mon père a décliné l’offre mais quelle bonne humeur et quel plaisir de passer ce temps avec elles ! Ces femmes ont peu, travaillent dur, entourées de leur petits toute la journée, et elles sont toujours joyeuses ! Je proposerais bien à une ou deux copines qui râlent tout le temps et qui nagent dans le confort matériel d’aller faire un stage à Blockauss ou ailleurs ! Et si on arrêtait, de se regarder le nombril et de se plaindre. Nous avons du confort, nos enfants sont bien soignés et nous mangeons très correctement. Sommes-nous heureux ?

Pas sûr… Les femmes de Blockauss m’ont en tout cas donné cette impression. Alors, quand je rentre en France et que je vois la morosité ambiante, j’hallucine ! Alors pour moi, c’est un peu ça l’Afrique. Des sourires, du soleil, de la gentillesse et des gens qui ont peu mais qui donnent beaucoup.

47df09_1b7cb579d73e4b928c233aa7fde3cc6fMasque Baoulé en teck posé sur un socle en fer forgé.

47df09_3afb62012dff421b8bf7fea0f46d4c10Masque Baoulé féminin royal de la région de Sakassou posé sur un pied en métal.
Dimension 56×30, Émaux, pâtes de verre

Depuis quand pratiquez-vous cet art ?
J’ai commencé il y a une dizaine d’années maintenant. J’ai fait beaucoup de tables, de miroirs, de
guéridons avant de me lancer dans la mosaïque d’art.

Les supports les plus utilisés pour la mosaïque sont les sols, les murs et les plafonds. Vous ramenez cet art ancien à notre époque, la mosaïque contemporaine. Comment expliquez-vous ce détournement ?
Déjà d’un point de vue technique, il est plus facile de réaliser un tableau ou un masque que de recouvrir un plafond, un sol ou un mur de mosaïque! Surtout quand on débute. Le truc c’est que je suis autodidacte, je ne suis pas passée par les ateliers des maîtres italiens, ni fait de la restauration de mosaïque romaine ! Du coup j’ai commencé avec les matériaux proposés dans les magasins d’art près de chez moi qui m’ont ensuite amenés aux émaux de Briare, qui sont très colorés ! Je me suis ensuite diversifiée !

Quels sont les couleurs que vous utilisez le plus ?
Sans hésiter : le rouge, le jaune, le bleu et le orange. Mes préférées…

Quand vous est venue l’idée de travailler sur les masques africains et pourquoi ?
C’est d’abord le support masque qui m’a inspiré. Je suis une passionnée de friperie en tout genre, je trouve qu’il y a toujours des petits objets à chiner et l’été dernier, en France, je suis tombée sur un tissu avec un imprimé dessus, une sérigraphie d’un masque magnifique. J’ai adoré mais sans jamais penser à ce moment là à m’en servir comme support dans la création d’un masque en bois ! Il est resté un moment dans mon placard et puis, un jour, justement à la recherche d’un support, je suis tombée dessus. J’avais rencontré deux frères sculpteurs très talentueux et je leur ai demandé s’ils pouvaient me le reproduire. C’est là qu’ils m ont appris qu’il s agissait d’un masque Senoufo de la région de Khorogo. En outre, chaque élément sculpté sur ce masque représentait quelque chose de symbolique et lisible pour son ethnie : les cornes, la chaise royale, les cuisses de poulets, les koris… J’ai donc découvert, complètement par hasard, l’univers des masques rituels et leurs significations ! Pour une passionnée comme moi, d’histoires et de mythes, il n’en fallait pas plus pour me convaincre que ce support là était pour moi !

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Masque de rejouissance royal féminin de la région de Khorogo posé sur un pied en métal.

Dimension 30×50, pâte de verre, émaux, cauris.

En les observant nous avons l’impression que vous voulez rendre le monde sacré et secret des masques accessible à tous (de par votre technique de travail). Est-ce le cas ? ou avez-vous une autre démarche ?
Alors je suis surprise et ravie que vous me fassiez cette remarque mais moi, française et pas du tout dans ma culture artistique de base, je ne me permettrais pas de prétendre vouloir rendre le monde sacré et secret des masques accessible ! J’ai voulu garder le plus possible les marques et symboles lisibles sur les masques lors du passage à la mosaïque. Les seules marques que j’ai voulu retirer sont les marques de scarification. C’est vrai que le résultat est surprenant quand on a surtout l’habitude des masques en bois très sombres et parfois un peu tristes. J’ai mis de côté les masques guerriers, mortuaires et effrayants pour ne garder que des masques féminins de réjouissances. Après j’aime le beau, le coloré, les courbes et sur ce type de support, cela change tout et donne un tout autre aspect à ce que l’on a l’habitude de voir !

On retrouve des courbes, des formes dans vos œuvres comment expliquez-vous ceci ?
(les formes et les courbes que vous utilisez ont elles une signification particulière ?)
J’aime les courbes, les arabesques et les formes féminines. La féminité est pour moi sublime et sacrée. Nous sommes, nous femmes, détentrices d’un fabuleux pouvoir de création et j’aime le mettre en avant dans mes mosaïques. Pas seulement le pouvoir de donner la vie. Les femmes aiment, protègent, apaisent. Elles unifient. Si les femmes gouvernaient nos pays, je veux croire que le monde tournerait différemment.

Quel est votre processus de travail ?
J’ai besoin de longues plages horaires donc je bosse tous les matins avant d’aller chercher mes
enfants à l école. L’après midi est plus cool et nettement moins productive ! Mes filles me voient
dans mon atelier et ont vraiment du mal à croire que je travaille !

Vivez-vous de votre art ?
Non, pas encore mais ça viendra!

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Enfin, quels sont vos futurs projets ?
Avancer toujours, découvrir, voyager, aimer ma famille, remercier tous les matins pour cette vie donnée et créer. C’est ma force vitale. Si je ne crée pas, si je ne pense pas à un futur projet, je m’éteins, je déprime et mon équilibre personnel est menacé. Je n’ai pas le choix. Des futurs projets ? J’en ai plein mais je ne les ai pas encore en tête. Une belle exposition aussi j’espère.

Il n y a ni lieu ni date mais ça vient…

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